La frontière passée entre le Malawi et la Zambie, le comportement des gens change subitement. Plus de « give me … » mais de grands bonjours souriants. Comment l’expliquer ? La population en Zambie est très détendue et parait plutôt satisfaite du gouvernement actuel. Le pays est immense et sa population de moins de 15 millions d’habitants, ce qui laisse de nombreux espaces vierges. Voilà peut être quelques éléments d’explication car comme dans de nombreux pays le SIDA y fait des ravages et la pauvreté est toujours bien présente.
Dès notre premier jour en Zambie, le rêve commence. Nous passons la frontière à 17h et il nous reste encore 25 km à parcourir avant d’atteindre Chipata. La nuit tombe et je croise Richard sur son vélo, un anglais travaillant pour l’église anglicane. Il nous indique le camping de la ville et revient un peu plus tard boire une bière avec nous. Ici se retrouvent des zambiens, des indiens et les expatriés de la ville en soirée. Chipata est une petite ville de province et il n’y a pas beaucoup d’endroits pour se détendre après le travail... Nous y rencontrons Martina et Thomas, un couple d’allemands chez qui nous déménageons nos affaires avant de partir pour le South Luanga Park qui va se révéler une véritable expédition. Installés dans un minibus à 13h30, celui-ci démarre à 18h30 gonflé a bloc pour arriver après 140 km de piste à 23h30 au campement. Comme le chauffeur n’est pas trop sur de lui et qu’ il vient de pleuvoir, il embarque un groupe de jeunes, passablement éméchés, pour lui indiquer une autre piste ou il ne risque pas de s’embourber… Le campement est situé près de la rivière et on entend les ablutions des éléphants et des hippopotames. Ce parc abrite une espèce de girafe endémique, la girafe de Thorncroft et c’est d’ailleurs pour la protéger qu’il a été créé. Il a déjà beaucoup plu ici et la végétation abondante gêne la vue des animaux qui ne sont pas obligés de se découvrir pour boire et manger. La balade reste cependant agréable car la fréquentation touristique est faible, ce qui change des parcs kenyans et tanzaniens. Après notre virée dans le parc, nous restons bloqués à Chipata pendant une journée à cause de la pluie.
Le 27/11 nous prenons la route pour le sud. Le premier soir nous campons à Chiwoko, un petit village mêlant les huttes traditionnelles et les maisons en ciment. La grand-mère d’un jeune qui est aussi la boulangère nous prépare un plat de nsimma à la tomate, cette pâte de maïs qui nous accompagne depuis le Kenya et qui constitue le menu de base de la population. Le second jour c’est une école qui nous accueille sur sa pelouse mais le troisième nous sommes contraints de loger dans une guest-house minable à Nyimba car le sol est si dur que nous n’arrivons pas à planter la tente. Cette ville est d’ailleurs plutôt glauque avec ses guest-houses mal tenues et ses bâtiments jaune et rouge, les couleurs de Celtel, l’opérateur télécom le plus puissant d’Afrique. Le lendemain les vraies montagnes commencent et les maisons disparaissent même du paysage. Nous sommes entourés d’une épaisse forêt qui semble se refermer sur nous. A la fin de journée, toujours pas de village en vue, nous décidons de faire du stop pour atteindre Luanga bridge qui se trouve encore à 20km. Une voiture s’arrête et nous dépose après le pont majestueux qui traverse la Luanga river. 3km de piste plus tard nous arrivons à un campement donnant sur la rivière : MAGIQUE ! Le lendemain nous reprenons le chemin des montagnes toujours plus désertes. Nous tentons le stop en vain ne voyant pas d’habitation mais enfin à la nuit tombée les habitations réapparaissent et, encore une fois, nous plantons la tente dans une école. 700 élèves pour 4 salles de classe et 6 professeurs… Ils sont obligés de faire plusieurs sessions par jour depuis 7h le matin jusqu’à 17h. Les enfants sont comme toujours plutôt timides et viennent en petits groupes nous observer en silence. Pour briser la glace, nous leur demandons généralement de nous aider à monter la tente et ils se pressent toujours pour gonfler nos matelas de sol et regarder nos vélos. Le lendemain les montagnes continuent toujours jusqu’en début d’après-midi. Nous avons déjeuné à Rufunsa, de nsimma accompagné d’impala, une antilope commune. C’était délicieux et nous avons bien apprécié la pause à l’ombre. Nous avons autant apprécié la bouteille d’eau fraîche qu’un jeune blanc en voiture nous a donné au milieu d’une nouvelle côte en plein cagnard. Les montagnes se sont adoucies et la route est devenue plate et le paysage moins attrayant. Un pick-up nous a pris à son bord et nous a déposé à Lusaka après un petit crochet pour découvrir une source d’eau chaude. Ces habitants de Lusaka faisaient un peu de tourisme…
Lusaka, la capitale, une ville sans grand intérêt. Des buildings en béton, de grandes avenues à l’américaine, des quartiers pavillonnaires logeant les plus riches et des bidonvilles pour les autres. Pas de vieux quartiers historiques et un musée national démesuré par rapport à sa collection poussiéreuse. Comme dans toutes les grandes villes, les logements sont chers et nous logeons au camping d’une auberge de jeunesse un peu surchargée. Mais comme toujours dans ce genre d’endroit nous rencontrons pleins de voyageurs et nous échangeons des tuyaux et peaufinons notre itinéraire. Nous y avons rencontré notamment 3 français faisant en transport locaux à peu près notre parcours mais en sens inverse, un allemand à vélo et un américain d’origine japonaise connaissant très bien toute la région et qui n’était pas un grand supporter de George Bush… Nous rêvions d’un peu de calme après 2 nuits dans la capitale et nous avons décidé de camper à 10 km de la sortie de la ville dans un grand parc hébergeant des campeurs et des animaux. En arrivant un troupeau de zèbres paissaient tranquillement sur le terrain de camping.
Le lendemain nous reprenons la route pour Livingstone à un rythme effréné, une moyenne frisant les 100 km par jour. Le fait est que les distances peuvent être très longues en Zambie et que lorsqu’un habitant vous annonce une distance il faut bien rajouter 30% au nombre de km annoncés pour atteindre son but. Nous demandons l’hospitalité à une grande ferme, MUBUYU FARM, le premier soir, juste un carré d’herbe, mais on se retrouve dans un lit douillet dans une maison superbe. Le propriétaire de cette exploitation de café, de blé et d’élevage, néerlandais, est un mordu de vélo et c’est son fils ancien coureur lui-même et sa femme qui nous accueillent. Nous faisons la connaissance du coach de l’équipe Munalli coffee, Peter, zambien, qui fait partie également de l équipe nationale. Peter et son boss préparent le Paris-Brest qui a lieu en août prochain… Peter me répare les rayons cassés de mon vélo et ça, c’est pas donné à tout le monde d’avoir un vélo réparé par un pro!!! Ils nous indiquent un campement à 70 km après avoir glissé dans nos affaires un paquet de café et une miche de pain. Nous devrons finalement en faire une centaine mais le campement, un véritable havre de paix, vaut vraiment le détour. Le jour suivant nous arrivons à Choma qui abrite un musée très intéressant sur les Tonga, l’ethnie locale, bien présenté et qui tranche avec le musée de Lusaka. Notre dernière étape avant Livingstone sera chez les Truscott de la Swart farm. Arrêtés pour boire un coca et acheter des produits de la ferme qu’on nous a généreusement offerts, le patron nous indique la maison de ces amis sud africains. Encore une fois nous devrons faire un peu plus de km que prévu. Claire nous fait goûter le raisin de la ferme voisine, ça fait si longtemps qu’on en a pas mangé! Après un peu plus de 100 km nous atteignons Livingstone, l’ancienne capitale, prénommée ainsi en commémoration du célèbre explorateur, le premier blanc à avoir vu les chutes Victoria. Dès le lendemain nous partons à la rencontre de la 7eme merveille du monde, les chutes les plus hautes d’Afrique. La description se passe de commentaire, je vous laisse découvrir les photos qui malheureusement ne vous assourdiront pas les oreilles. En effet le nom local, lozi, signifie « la fumee qui tonne ». Mais Lionel montre des signes de fatigue et le lendemain il se retrouve encore une fois sous perf au centre médical. Mais cette fois ce n’est pas la malaria mais une vilaine bactérie. Il sort le soir-même avec plein de sachets de cachets. Hier nous avons survolé les chutes victoria en ULM pour apprécier une nouvelle dimension de la merveille et aujourd’hui nous avons fait du rafting sur le Zambèze, dans les gorges qui les succèdent, 100 km de falaises qui s’étirent jusqu’au Mozambique. Des petits plaisirs qui valent vraiment le coup et qui laissent des souvenirs impérissables mêlant des paysages grandioses et des sensations fortes. L’arc-en-ciel qui se déplace au-dessus des chutes quand on les survole semble irréel et se retrouver sous le bateau dans les rapides à boire la tasse donne un coup d’adrénaline !
Demain nous quittons la Zambie pour le Botswana. A nous le désert du Kalahari et le delta de l’Okavango!!!!
|